Il y a dans l’allumage de plocs, un allumage prométhéen, un allumage transgressif et provocateur, comme celui de
ces modèles très sophisticated ladies photographiées par Klein qui avaient fait scandale dans les années 50 parce qu’elles étaient capturées chapeautées, gantées et la clope au museau… Surtout.
Oui farpaitement, arborant outrageusement ce symbole phallique entre leurs lèvres fines et maquillées, le tout sans le moindre porte-cigarette…
" La photographie, en gros plan
frontal, de Barbara Mullen qui souffle sa fumée, posant pour un chapeau dans l'édition française de Vogue, en mai 1956, devenue l'une des icônes les plus souvent reproduites de la photo de mode,
avait choqué la rédaction, parce qu'il manque l'indispensable fume-cigarette. "
Triste symbole d’une libération pas totalement terminée, mince récolte que voila : liberté de s’auto éradiquer
mais avec volupté : drogue liquide et fumée létale, légales…
Il y a un allumage transgressif, clin d’œil au garçon vacher ivre de verts pâtures sans âge, perdu dans ses
urbanités, ses troupeaux cimentés et ses anges de béton. Le prix à payer pour se cancériser en toute réjouissance les cellules pulmonaires ? Se souvenir non pas des belles choses mais
de comment a fini le garçon vacher, marlboro man oncologéïsé et pelliculé à la postérité sanctifié dans « thank you for smoking ».
Ces gens que j’observe à la sortie du concert, ce 29 novembre, une fille métro anvers et contre toutes les
interdictions de fumer dans les lieux publics qui écrase négligemment son ploc sur le quai. Une autre, à Stalingrad qui nourrit d’avance son crabe et je pense, l’allumage, c’est un peu
Prométhée dérobant le feu aux dieux de l’olympe, le mickey chapeauté jouant les apprentis démiurge et essayant de se jouer de lois physiques qui le dépassent. Le principe du concert festoyant
dans les poumons est un magnifique paradoxe renforcé par une classieuse mise en abîme pour celui qui l’appelle.
De là à s’interroger sur la trans-agression réelle ou supposée de l’action entreprise avec conscience et mépris du
danger… I was born to die of cancer comme dirait l’autre… Généreux, dispersant des tiges
amoniaquées à la ronde. Vous reprendrez bien une bouffée de chaleur ?
Tiges qui ne sont plus que le mégot usé d’elles même. Odeurs épicées, mentholées parfois poivrées qui vous
enivrent, rallument la flamme d’un désir, d’une envie. Rêves, fantasmes trop souvent partis en fumée. Aspirer, bouffées d’oxygène, tirer un coup, y mettre le paquet. Exhalaisons maudites qui
expirent lentement, flottement. Feu sacré qui se consume puis s’éteint, c’est la fin.
PHOTOS: Wiliam Klein,
1)Hat with 5 roses (1956)
2)Smoke and viel (evelyn tripp, 1958)
Signé une ancienne
fumeuse fumeuse
Comment taire?